Dans les ruelles étroites de Gênes, une spécialité culinaire traverse les siècles sans prendre une ride. La farinata, cette galette dorée à base de farine de pois chiches, incarne à elle seule l’art de transformer des ingrédients simples en un mets d’exception. Originaire de Ligurie, ce plat populaire séduit par sa texture unique : une croûte croustillante enveloppe un cœur fondant et crémeux. Économique, nourrissante et naturellement sans gluten, la farinata s’invite aujourd’hui sur les tables françaises pour réchauffer les soirées hivernales. Cette recette ancestrale, que les Génois appellent aussi fainâ, ne nécessite que quelques ingrédients de base mais demande un peu de patience pour révéler toute sa saveur. Découvrez comment réaliser chez vous ce trésor de la cuisine méditerranéenne qui transformera vos repas partagés en véritables moments de convivialité.
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Ingrédients
Ustensiles
Préparation
1. Préparez la pâte liquide
Dans un grand saladier, versez la farine de pois chiches. Ajoutez progressivement l’eau tiède en fouettant énergiquement pour éviter la formation de grumeaux. Le fouettage, c’est-à-dire le mouvement rapide et circulaire du fouet, permet d’incorporer l’eau uniformément. Continuez à mélanger jusqu’à obtenir une pâte lisse et homogène, semblable à une pâte à crêpes légèrement épaisse. Incorporez ensuite 4 cuillères à soupe d’huile d’olive et le sel. Mélangez une dernière fois. Cette étape est cruciale car elle détermine la texture finale de votre farinata.
2. Laissez reposer la préparation
Couvrez le saladier avec un torchon propre et laissez reposer la pâte à température ambiante pendant au moins 2 heures, idéalement 4 heures. Ce temps de repos permet aux protéines de la farine de pois chiches de bien s’hydrater et à la pâte de développer ses arômes. Vous remarquerez qu’une mousse blanchâtre se forme à la surface : c’est parfaitement normal. Avant de poursuivre, retirez délicatement cette mousse à l’aide d’une cuillère ou d’une écumoire. Le démoussage, cette action d’enlever la mousse, garantit une surface bien lisse après cuisson.
3. Préchauffez le four intensément
Placez votre plat à four vide dans le four froid. Préchauffez ensuite à 240°C en chaleur statique ou 220°C en chaleur tournante. Cette étape de préchauffage avec le plat à l’intérieur est essentielle : elle permet d’obtenir cette croûte dorée et croustillante si caractéristique de la farinata. Laissez chauffer pendant au moins 15 minutes pour que le plat soit bien brûlant. N’hésitez pas à vérifier que votre four atteint effectivement la température souhaitée, car certains fours anciens peuvent être imprécis.
4. Huilez généreusement le plat chaud
Avec des maniques épaisses pour protéger vos mains, sortez délicatement le plat brûlant du four. Versez immédiatement les 2 cuillères à soupe d’huile d’olive restantes et inclinez le plat dans tous les sens pour répartir l’huile uniformément sur toute la surface et les bords. Cette huile chaude va créer une barrière entre la pâte et le plat, empêchant l’adhérence et favorisant la formation de cette belle croûte dorée. Travaillez rapidement car le plat doit rester très chaud.
5. Versez la pâte et enfournez
Mélangez une dernière fois votre pâte reposée pour bien l’homogénéiser. Versez-la délicatement dans le plat chaud en une seule fois. La pâte doit former une couche fine d’environ 3 à 4 millimètres d’épaisseur. Parsemez la surface de romarin séché et de quelques tours de moulin à poivre. Enfournez immédiatement et laissez cuire pendant 25 à 30 minutes. La farinata est prête lorsque sa surface présente de belles taches dorées, presque brunes par endroits, et que les bords se détachent légèrement du plat.
6. Surveillez la cuisson et ajustez
Après 20 minutes de cuisson, surveillez attentivement votre farinata. Chaque four possède ses particularités et la cuisson peut varier. Si la surface dore trop rapidement sans que le centre ne soit pris, baissez légèrement la température. À l’inverse, si après 30 minutes la farinata reste trop pâle, augmentez la température de 10°C et prolongez la cuisson de 5 minutes. Le centre doit être ferme mais encore légèrement tremblotant, signe qu’il conservera son moelleux à l’intérieur.
7. Laissez tiédir avant de découper
Sortez le plat du four et laissez reposer 5 minutes. Ce temps de repos permet à la farinata de terminer sa cuisson avec la chaleur résiduelle et de se raffermir légèrement, facilitant ainsi la découpe. Utilisez une spatule large pour détacher les bords, puis découpez directement dans le plat en parts triangulaires ou rectangulaires. La farinata se déguste traditionnellement tiède, jamais brûlante ni froide, pour apprécier pleinement le contraste entre le croustillant extérieur et le fondant intérieur.
Mon astuce de chef
Pour une farinata encore plus savoureuse, remplacez une partie de l’eau par du bouillon de légumes maison. Vous pouvez également ajouter des oignons émincés finement dans la pâte avant cuisson, une variante très appréciée dans certaines régions de Ligurie. Si vous souhaitez une version plus épaisse et moelleuse, réduisez la quantité d’eau à 600 millilitres. Enfin, n’hésitez pas à expérimenter avec d’autres herbes comme le thym ou l’origan séché pour varier les plaisirs. La farinata se conserve 2 jours au réfrigérateur et peut être réchauffée quelques minutes au four pour retrouver son croustillant.
Accords mets et vins pour sublimer votre farinata
La farinata génoise s’accorde parfaitement avec les vins blancs secs et frais de Ligurie, notamment le Vermentino ou le Pigato, qui complètent sa richesse sans l’alourdir. Ces vins aux notes florales et légèrement salines rappellent la proximité de la mer Méditerranée et créent une harmonie parfaite avec les saveurs de pois chiches et d’huile d’olive.
Pour une alternative, optez pour un rosé de Provence bien frais, dont la vivacité et les arômes fruités contrebalancent agréablement le côté riche de la farinata. Si vous préférez une boisson sans alcool, un chinotto, cette boisson italienne amère à base d’agrumes, ou simplement une eau pétillante citronnée accompagneront délicieusement ce plat ancestral.
L’info en plus
La farinata trouve ses origines dans un heureux hasard survenu au XIIIe siècle. Selon la légende, lors de la bataille navale de Meloria en 1284 opposant Gênes à Pise, des tonneaux de pois chiches et d’huile d’olive se seraient renversés dans les cales des navires génois. Mélangés à l’eau de mer, ces ingrédients auraient formé une pâte que les marins affamés auraient fait sécher au soleil, créant ainsi involontairement ce qui deviendrait la farinata.
Historiquement considérée comme un plat du peuple, la farinata était vendue dans les rues de Gênes par des marchands ambulants qui la cuisaient dans de grands fours à bois. Ces fainotti, vendeurs spécialisés, perpétuent encore aujourd’hui cette tradition dans certains quartiers historiques de la ville. La farinata se dégustait traditionnellement le matin ou en fin d’après-midi, accompagnée d’un verre de vin blanc local.
Cette spécialité ligure possède des cousines dans tout le bassin méditerranéen : la socca niçoise en France, la cecina toscane en Italie, et même la karantita algérienne témoignent de la diffusion de cette recette ancestrale le long des routes maritimes commerciales. Chaque région a apporté ses propres variations, mais le principe reste identique : transformer la farine de pois chiches en une galette savoureuse.



